Interview croisée : Groupe Arkédia et meaneo

Quand une entreprise du BTP structure sa démarche RSE pour en faire un levier de performance

Le BTP n’est pas le premier secteur auquel on pense quand on parle de RSE. Pourtant, le Groupe Arkédia, groupe d’entreprises du bâtiment et des travaux publics implanté en Alsace, a fait le choix de structurer une démarche de durabilité ambitieuse. Portée par la conviction de son dirigeant Franck Favre et pilotée par Léa Florentin, Responsable SSE et démarche RSE, cette initiative couvre l’ensemble des enjeux du groupe : de la décarbonation à l’attractivité employeur, en passant par la gouvernance et l’évolution des compétences.

Meaneo a accompagné Arkédia tout au long de cette transformation en 2025-2026 : état des lieux 360°, cartographie des parties prenantes, double matérialité, construction de plans de durabilité et accompagnement EcoVadis – couronné par l’obtention de la médaille de bronze dès la première évaluation.

À travers cette interview croisée, Léa Florentin, Responsable SSE et démarche RSE du Groupe Arkédia, et Herbot Mesnard, consultant chez Meaneo, reviennent sur les étapes clés de cette démarche et ses bénéfices concrets.

ARKÉDIA : qui êtes-vous et pourquoi la RSE ?

1. Pouvez-vous présenter le Groupe Arkédia en quelques mots ?

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Le Groupe Arkédia, est un groupe d’entreprises dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, situé en Alsace avec un rayonnement Grand Est. Plus de 400 collaborateurs, une quarantaine d’apprenti répartis dans 6 entreprises, relié par un socle commun : ses valeurs ; la cohésion d’équipe, la communication client, le respect de ses hommes et de ses engagements et le professionnalisme.

2. Le BTP n’est pas le premier secteur auquel on pense quand on parle de RSE. Qu’est-ce qui a déclenché cette démarche ?

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] La RSE, c’est une abréviation qui décrit ce que Franck et l’équipe de Direction faisaient déjà depuis un certain temps : l’amélioration continue du bien vivre ensemble. Avec nos convictions personnelles, on s’est lancés dans un projet plus structuré pour mettre en valeur ce qu’on faisait déjà et aller plus loin. Dès 2016, nous avons été certifiés MASE, une certification qui couvre les domaines de la santé, la sécurité et l’environnement. Puis il y a eu la création d’un poste d’Animateur SSE, puis d’un Responsable, et aujourd’hui d’un service SSE de trois personnes. Dans le BTP, c’est challengeant de parler de ces sujets. On fait partie du peu d’entreprises de notre taille qui s’y intéressent.

L’accompagnement meaneo

3. Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Meaneo et en quoi l’accompagnement s’est-il distingué ?

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] J’ai découvert Meaneo lors d’un petit-déjeuner organisé par BNP Paribas à Strasbourg. L’expérience de Guy Flament (associé Meaneo) dans l’accompagnement d’entreprise et son vécu personnel de dirigeant m’ont aidée à mieux comprendre la démarche. Ça m’a donné envie de travailler avec et de lancer un accompagnement.

Ce que j’ai aimé particulièrement, c’est le travail en groupe et la co-construction. Vous nous guidiez, mais vous ne faisiez pas à notre place.

Léa Florentin, Groupe Arkédia

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Dans d’autres accompagnements, c’était très descendant : on transmet des informations, le prestataire travaille de son côté et restitue. Avec Meaneo, c’était un travail de co-construction. Le présentiel comptait beaucoup. Et la complémentarité des profils – des experts sur la partie environnement et RSE, et des profils de dirigeants – a permis un accompagnement sur l’ensemble de nos besoins sans multiplier les prestataires.

Chez Meaneo, on ne traite pas la RSE de manière séparée. On la mêle à la stratégie, au business. La durabilité, doit d’abord être économique.

Herbot Mesnard, Meaneo

[Herbot Mesnard – Meaneo] Le fait que Meaneo soit constitué d’anciens dirigeants nourrit cette approche de co-construction pragmatique. Vu la conjoncture actuelle, c’est important de prioriser les enjeux RSE par rapport aux enjeux stratégiques de l’entreprise et de garder cette dimension business en tête.

Du diagnostic à l’action

4. L’accompagnement a démarré par un état des lieux. Qu’est-ce que cet exercice a révélé ?

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Ça a fait ressortir les premières zones de progrès – notre gouvernance et l’organisation – des sujets qui allaient ressortir aussi plus tard dans nos enjeux. Mais juste faire un atelier sur l’état des lieux ne suffit pas. Il faut pouvoir expliquer, rentrer dans ce que chaque impact signifie concrètement. Cet exercice a permis de tous se mettre d’accord : nos zones de force – les hommes et les femmes, la santé-sécurité, la culture d’entreprise, l’ancrage territorial – et nos zones de progrès, liées à notre maturité et au fait que le Groupe a grandi très vite et est encore en cours de consolidation.

5. Vous avez interrogé vos parties prenantes clés. Qu’en est-il ressorti ?

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Chaque partie prenante a été agréablement surprise d’avoir été contacté. Le fait qu’Arkédia s’engage dans une démarche RSE a été perçu très positivement. La plupart voyaient Arkédia comme une entreprise dynamique, et cette démarche venait le prouver.

[Herbot Mesnard – Meaneo] C’est un gage de maturité pour une entreprise que d’aller interroger ses parties prenantes externes – clients, fournisseurs, partenaires financiers. Ça peut faire peur, mais le retour est toujours bénéfique.

6. L’étape suivante a été la double matérialité. Comment s’est déroulé cet exercice ?

[Herbot Mesnard – Meaneo] La matrice de double matérialité vient mesurer, pour chaque enjeu, deux dimensions : la matérialité financière – à quel point cet enjeu représente un risque ou une opportunité – et la matérialité d’impact – à quel point il a des conséquences positives ou négatives sur les parties prenantes : collaborateurs, clients, planète, communautés locales.

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Ce qui était marquant, c’est que tout le groupe de travail impliqué dans cette démarche a pu participer et proposer des enjeux importants pour eux : l’équipe de Direction et des managers de proximité. Ça a fait ressortir sept enjeux matériels prioritaires sur différentes thématiques : social, business, environnement.

7. Du diagnostic, vous êtes passés à la construction de plans d’action. Comment avez-vous mobilisé vos équipes ?

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Parmi les enjeux prioritaires, il y a la décarbonation – incontournable dans notre secteur –, l’attractivité employeur – parce que trouver des ressources dans le BTP, c’est difficile – et l’évolution des compétences. Nous nous sommes réunis par petits groupes, chacun avec un chef de file désigné en fonction du sujet (e.g. responsable marketing pour l’enjeu « attractivité »). Ces groupes ont proposé des plans d’action qui ont ensuite été présentés devant les dix-huit participants du projet, pour s’assurer que tout le monde était aligné.

Ça a permis à tout le monde de gagner en autonomie et en connaissances sur la RSE, sujet que certains ne connaissaient pas avant.

Léa Florentin, Groupe Arkédia

[Herbot Mesnard – Meaneo] Ce qui est intéressant, c’est que certains de ces enjeux étaient déjà attaqués par l’entreprise – comme l’attractivité ou l’évolution des compétences. L’exercice a permis de leur donner une importance encore plus structurée, avec en face de chaque action des indicateurs, des objectifs à court et moyen terme, et une personne responsable.

EcoVadis : la preuve par l’évaluation

8. Parallèlement à la feuille de route, vous vous êtes lancés dans une évaluation EcoVadis. Quelle était votre motivation ?

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] C’était une demande d’un de nos clients, qui nous disait que dans les appels d’offres, nous aurions de meilleures notes avec une évaluation extra-financière reconnue. Nous nous sommes tournés vers EcoVadis. La plateforme s’est avérée pratique et aboutie : elle ne s’arrête pas à la note, elle propose des objectifs et des actions à mettre en place. Cela a été un travail de plusieurs mois de récupération, de création et d’amélioration de documents. Cela met en lumière des choses qu’on n’avait pas formalisées.

[Herbot Mesnard – Meaneo] Chez Arkédia, beaucoup de choses étaient déjà en place sur les différentes thématiques EcoVadis – environnement, social et droits humains, éthique, achats responsables – et donc valorisables. L’accompagnement a consisté à structurer le questionnaire, guider sur la qualité des documents attendus et apporter l’expérience de missions similaires.

Ce qui ressort de cet accompagnement, ce n’est pas seulement la feuille de route interne : il y a aussi des éléments valorisables en externe.

Herbot Mesnard, Meaneo

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Nous avons obtenu la médaille de bronze dès notre première évaluation. C’est un beau message : on fait des choses, on a mis en place la démarche, et on a quelque chose qui le prouve. Aujourd’hui, si un client ou un donneur d’ordre nous demande nos engagements RSE, nous disposons de ressources concrètes : matrice de matérialité, plans de durabilité, rapport RSE, notation EcoVadis.

Ce que ça change, au-delà de la RSE

9. Au-delà des livrables, qu’est-ce que ce projet a apporté au groupe ?

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Ça nous a permis d’instaurer un rituel plus en profondeur qui change de nos sujets du quotidien et de se réunir avec un objectif commun. Ça a amélioré le sentiment d’appartenance au groupe. Les participants ont été impliqués dans les décisions stratégiques, ce qui n’est pas forcément habituel à tous les niveaux de manager. Et cela nous a permis de prendre du recul, de se projeter à plus long terme, de savoir vers où l’on va.

Faire travailler un groupe élargi permet de diffuser les messages pour que tout le monde aille dans la même direction.

Herbot Mesnard, Meaneo

10. Quel message adresseriez-vous à un dirigeant ou un responsable RSE d’une PME du BTP qui hésite à se lancer ?

Il ne faut pas attendre le bon moment. C’est jamais le bon moment pour se lancer dans une démarche RSE, mais c’est toujours positif.

Léa Florentin, Groupe Arkédia

[Léa Florentin – Groupe Arkédia] Même si on n’en voit pas tout de suite l’utilité, si on le fait bien et qu’on est tous alignés sur la vision, ça apporte que des choses positives auxquelles on n’avait pas forcément pensé. C’est super d’avoir la vision d’ensemble d’une entreprise via le prisme de la RSE : la gouvernance, le business, l’environnement. Et tous les participants acquièrent cette dimension. Au final, l’organisation de l’entreprise pourrait reposer sur ces piliers. Sur les prérequis, un poste dédié est un vrai plus si le dirigeant n’a pas le temps de s’y consacrer. Et l’essentiel du travail se fait pendant les ateliers, sur des demi-journées. C’est accessible pour une PME.